Au bout de mes souliers

La vie de Toulouse Lautrec au Théâtre du Petit Gymnase

27 Avril 2016, 11:12am

Publié par Claire

Un petit retour à la vie parisienne après une escapade loin de la capitale... Et je ne perds pas les bonnes habitudes, direction le théâtre, cette fois-ci pour une pièce très originale: "La vie de Toulouse Lautrec". Lorsque j'ai reçu la présentation de la pièce par mail, cela m'a tout de suit intriguée: tiens, rendre la vie d'un peintre en une pièce de théâtre, c'est un beau défi! Et c'est vrai que l'on a vraiment l'impression de voir Toulouse Lautrec évoluer sous nos yeux, c'est assez troublant. Nous voici plongés dans le Paris du 19ème siècle, et plus exactement dans un très modeste appartement de Montmartre...

Toulouse-Lautrec y est interprété par Maurice Lamy, d'ailleurs la ressemblance est assez frappante! Grâce à ses gestes, je lui trouve un côté marionnette assez touchant - il y a d'ailleurs, à un moment, une partie de théâtre d'ombre. Le décor est assez simple, nous sommes plongés dans l'appartement du peintre, dominé à jardin par son matériel de peinture: un chevalet sur lequel il va peindre pendant la pièce (et que l'on voudrait tant voir enfin retourné!), des godets de peinture à l'huile, des pinceaux. Il ne manquait plus que l'odeur et le tableau aurait été parfait!

 

C'est Maurice Lamy lui-même qui a écrit cette pièce, reconstituant la vie du célèbre peintre, si mal vu par les critiques de l'époque. On voit un Toulouse-Lautrec sûr de ses idées, parfois taquin, parfois un peu fou, vivant en compagnie de sa mère qui lui lit régulièrement des articles critiques sur ses oeuvres, jouée ce soir-là par Isa Mercure dont j'ai aimé le jeu sans excès. Le peintre, lui, nous lit des lettres de ses proches, en écrit aussi avec une plume que l'on finit par avoir envie de tenir aussi pour le bonheur de la tremper dans l'encrier. On découvre un personnage fragile, sans doute alcoolique, fréquentant les maisons closes et touchant, si touchant. Mais aussi un peintre malade, atteint de la pycnodysostose (je vous avoue, je m'y suis prise à plusieurs fois pour l'écrire, mais pour résumer, cela explique notamment le fait qu'il soit inséparable de sa canne, et porte un chapeau et une barbe pour en cacher les symptômes, ainsi que sa petite taille - toutes ces infirmités l'éloigneront de son père). Il n'aura vendu finalement que très peu de tableaux, et comme il l'avait prédit, connaîtra une célébrité posthume, lui, le fou de travail à l'oeuvre absolument foisonnante.

J'ai adoré découvrir la vie du peintre de cette façon et je me suis documentée en rentrant, j'en avais vraiment envie. Le seul bémol pour moi et la voix off façon article Wikipédia, faisant le lien entre les différents tableaux de cette pièce, beaucoup trop rapide et monocorde, je n'ai absolument pas pu suivre, particulièrement au tout début de la pièce (j'ai même d'ailleurs cru que c'était pour tourner l'article en dérision, et là surgiraient les acteurs pour montrer que trève de bavardages, on allait montrer le vrai Toulouse-Lautrec, du coup, je n'ai pas vraiment écouté mais en fait... j'aurai dû!). Et aussi le fait, finalement, de ne jamais apercevoir d'oeuvres finalement. Avec toutes ces couleurs décrites, on en aurait bien envie! En tout cas, j'ai beaucoup aimé découvrir la vie du peintre de cette façon, comme si le public devenait son confident.

C'était la première fois que je me rendais au Théâtre du Gymnase. Attention, il s'agit ici du Petit Gymnase, l'entrée se fait par la droite et est commune à un autre spectacle, ce que j'ignorais. L'attente est donc longue, surtout quand il pleut comme quand j'y suis allée, donc arrivez soit tôt pour être dans les premiers, soit au dernier moment pour ne plus faire la queue! :)

Découvrez un extrait du spectacle dans cette jolie vidéo

 

"La Vie de Toulouse Lautrec", au Théâtre du Petit Gymnase, tous les lundis jusqu'au 27 juin 2016, à 20h (Durée du spectacle: 1h15)

De et avec Maurice Lamy

Avec Isa Mercure

 

 

Merci au Théâtre du Gymnase et à Tess'Art Communication pour les invitations! :)

 

 

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Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

5 Avril 2016, 21:10pm

Publié par Claire

Quand PriceMinister propose aux blogueurs de chroniquer une bande-dessinée, bien sûr, cela me plaît, et je me suis aussitôt inscrite pour cette édition 2016 de "La BD fait son festival". Il faut être honnête, des BD, je n'ai pas (plus) du tout l'habitude d'en lire, mais justement, c'est pour cela que je me suis lancée: parfois, quand je me promène dans les librairies, je trouve toujours que le rayon de BD est riche de nouveautés, et particulièrement de bandes-dessinées à mi-chemin entre roman et dessin, tant le texte est travaillé et l'intrigue fouillée. C'est le cas de "Piano Oriental", que j'ai immédiatement choisi parce que le titre m'a intriguée: nous sommes ici face à un roman graphique... original et étonnant.

Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

Quand j'ai reçu le livre, je dois vous dire que j'ai été très surprise. Ce n'est absolument pas un format habituel pour une bande-dessinée, non, c'est un très bel objet, un livre lourd, précieux, avec le milieu qui s'ouvre en double-page, lui donnant un côté magique. Et pour bien évoquer les touches du piano, le graphisme est uniquement en noir et blanc, ce qui n'est pas sans rappeler Persepolis. 

L'histoire m'a tout de suite plu. Elle est inspirée de l'arrière grand-père de Zeina Abirached, Abdallah, qui a eu l'idée d'inventer un piano oriental, c'est-à-dire pouvant jouer soit de la musique "occidentale", avec ses demi-tons, soit de la musique orientale, en activant la sourdine, avec ses quarts de ton. On voyage donc entre le Beyrouth d'Abdallah, rempli de poésie, dans les années 60, et la narratrice, entre fiction et autobiographie, parlant de sa double culture, elle qui pensait enfant qu'en France tout était noir et blanc, comme les touches d'un piano, parce qu'elle ne recevait la télévision française qu'en noir et blanc. Comme dans Persepolis, les comparaisons entre ses deux vies, ses deux pays, sont intéressantes, parfois drôles, parfois touchantes.

J'ai beaucoup aimé la poésie qui émane de ce très bel ouvrage, même si je n'ai pas envie de vous en dire plus pour vous en laisser la (belle) surprise. Le graphisme y est très travaillé et donne une dimension encore plus poétique au texte. Au début, je me suis demandé pourquoi il y avait autant d'onomatopées, cela me décontenançait, je me suis dit que c'était peut-être parce que je n'avais pas l'habitude de lire des bandes-dessinées. Et puis, en y réflechissant, j'ai trouvé: elles aussi, ont un sens, elles donnent à ce livre un statut d'oeuvre musicale et pas seulement graphique... Une invitation à lire "Le piano oriental" une seconde fois pour en comprendre toutes les subtilités!

Vous l'aurez compris, je suis ravie d'avoir découvert cet ouvrage hors du commun - merci Price Minister! Attention, le prix est plus élevé que la plupart des bandes-dessinées, 22€ mais le livre comporte tout de même 232 pages et est en soi, comme je vous le disais, un très bel objet.

 

P.S.: PriceMinister demande une note pour pouvoir élire la meilleure bande-dessinée de la sélection... Alors je mets 17/20, pour moi c'est vraiment proche de la perfection, sauf peut-être le début où l'on a un peu de mal à comprendre les deux histoires mises en parallèle.

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